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Jean "le gros Bill" Béliveau

 

  Né à Trois Rivières le 31 août 1931, Béliveau débuta dans le hockey organisé à Victoriaville. Il joua son hockey junior avec les citadelles de Québec et fit ensuite le saut dans la ligue senior avec les As de Québec où il brilla.  Le 3 octobre 1953, il se joignait définitivement au Canadien de Montréal en signant un contrat de $100 000 pour 5 ans, événement sans précédent à l'époque.  Homme d'une grande classe, autant hors que sur glace, Jean Béliveau était l'un des joueurs les plus respectés à travers la ligue.  Caractérisé par sa rapidité et sa puissance, il devenait presque impossible de l'arrêter lorsqu'il s'élançait.  Tout autant que ses prouesses sur la patinoire, la personnalité de cet homme simple et réservé a contribué à en faire un véritable ambassadeur pour son sport et son pays. 

Il allait s'établir parmi l'élite de la ligue lors de la saison 1954-55 où il terminait au 3e rang des meilleurs marqueurs de la ligue et se méritait sa première nomination au match des étoiles.  L'année suivante, il remporta le championnat des marqueurs et rafla le trophée Hart en tant que joueur le plus utile de la ligue.   Cette année là, le Canadien remportera la Coupe Stanley, la première de Béliveau.  À l'époque, un joueur pénalisé devait passer les deux minutes entièrement au banc des punitions même si l'adversaire marquait, lors d'un match contre Boston le 5 novembre 1955 au forum, Béliveau déjouait Terry Sawchuk trois fois en 44 secondes lors d'un avantage numérique (à 0:42, 1:08 et 1:26 en 2e période)), la saison suivante, le règlement avait été modifié.  Au fil des années, les succès se multipliaient pour Béliveau et le Canadien, en 1958-59, il battait sa marque personnel pour le total de points (91 points en 64 matchs).  Suite aux séries en 1965, il devenait le premier récipiendaire de l'histoire à remporter le Trophée Conn Smythe.  En 1968, il enregistrait son 1000e point et trois ans plus tard il devenait le 4e joueur de l'histoire à marquer 500 buts.  Suite à cette saison (1970-71), il annonçait sa retraite malgré une production supérieure à un point par match (76 points en 70 matchs), il avait 39 ans.

Après 18 saisons dans l'uniforme du Canadien, Béliveau annonçait sa retraite.  Il a été sur l'équipe d'étoile à 10 occasions, a participé à 13 matchs des étoiles, a remporté 10 Coupe Stanley et a été le Capitaine du Canadien pendant 10 saisons. Il a été le joueur de centre de la première ligne d'attaque de la seule équipe à avoir remporter cinq Coupes Stanley consécutives.  Au moment de sa retraite, il était le meilleur marqueur de l'histoire du Canadien et le meilleur marqueur en séries (176 points en 162 parties) de toute l'histoire de la LNH.

Lorsqu'il prit sa retraite, il déclara, "Je me suis fait à l'idée de laisser ma place à un plus jeune." il ajouta: "C'est très difficile, mais je ne jouerai plus... J'espère seulement avoir apporté ma contribution à ce sport fantastique.  Le hockey a été ma vie depuis que mon père m'a offert des patins à l'âge de 5 ans."  En hommage à Jean Béliveau, le Canadien fit une soirée "Jean Béliveau" le 24 mars 1971, de plus, ils établirent à son nom une fondation pour en venir en aide aux enfants défavorisés.  Pour tous ceux qui le connaissait, c'était une initiative qui le décrivait parfaitement, il était considéré comme un model pour les enfants.   Clarence Campbell, président de la ligue, déclara: "Tous les parents peuvent se servir de Jean Béliveau en exemple pour leurs enfants, il a grandement contribué à donner une magnifique image de notre sport.   Je ne pourrai avoir de mots plus élogieux pour un autre joueur associé à notre sport.

Suite à sa retraite, Béliveau assuma des fonctions administratives chez le Canadien en plus d'être porte-parole avec l'équipe... plusieurs jugèrent qu'il continua à remplir ce poste plusieurs années après son départ de l'organisation.   La consécration ne tarderait pas à survenir alors qu'il était intronisé au Temple de la Renommée en 1972 sans période d'attente.  En 1981, il était nommé au sein du comité de sélection du Temple de la Renommée. Béliveau reçu un diplôme honorifique en Éducation Physique de l'Université de Moncton au Nouveau-Brunswick, il est Officier de l'Ordre du Canada, et a été nommé «Grand Montréalais» en 1986.  Il a de plus été le président de Jean Béliveau Inc., Monsieur Béliveau est aussi membre du conseil d'administration de Acier Leroux lnc., Carena Bancorp Inc., Dominion Textile Limited, International Group, les Compagnies Molson, la Compagnie Trust Royal, Canadian Reassurance et Royal LePage.

Béliveau travailla en relations publiques avec le Canadien jusqu'en 1993 et il se retira finalement après une affiliation de 40 ans avec le Canadien, même à la retraite il est toujours par la suite demeuré un grand ambassadeur du Canadien. En 1994 il devenait le premier joueur de hockey de la LNH a qui on offrait le poste de Gouverneur Général, poste qu'il refusa pour passer plus de temps avec sa famille. 

Béliveau fut plus tard comparé à Mario Lemieux.  "Je suis flatté de ces comparaisons, il est vrai que nos styles s'apparentent, nous sommes tous deux assez grand avec une longue portée.  Tu te dois de jouer avec ce que Dieu t'as donné, j'avais un assez bon coup de patin pour un joueur de ma taille et mon lancer était respectable.  J'ai toujours joué au centre, J'adorais autant un bon jeu de passe que le but lui même, c'est peut être pourquoi mes coéquipiers voulaient tous jouer avec moi."  Il excellait lors des mises au jeu, un des meilleurs de la ligue à ce chapitre, il donna le crédit au vétéran Elmer Lach qui lui enseigna ses secrets.  "J'avais toujours pour habitude de regarder la façon dont les joueurs de l'équipe adverse se positionnaient lors des mises au jeu dans leur zone, si les défenseurs étaient espacés, je regardais Geoffrion et lui signalait de foncer au filet, à la mise au jeu je tentais d'envoyer la rondelle directement au filet.  Encore aujourd'hui quand je regarde les matchs, je remarque que les ailiers n'ont aucune idée de ce que leur joueur de centre fera à la mise au jeu."

Questionné sur ce qui a été les faits saillants de sa carrière, Béliveau répond lentement, considérant chaque mot, et au travers de six décennies de hockey, il a plusieurs histoires à raconter.  "Quand tu joues avec une aussi bonne équipe comme j'en ai eu la chance et que tu connais autant de succès, il est évident que tout ces championnats nous ont apportés beaucoup de joie et satisfaction.  L'un des plus grands moments de ma carrière a été lorsque mes coéquipiers m'ont élu capitaine en 1961, je n'étais même pas le capitaine remplaçant à l'époque.  De la part de tes coéquipiers, c'est un grand honneur, je ne m'en doutais pas du tout.  Probablement que j'avais le tempérament idéal pour ce poste, ça été une de mes plus grandes réalisations.  C'était une atmosphère de famille au sein du Canadien, tout le monde travaillait ensemble dans un même but, remporter le championnat de la saison régulière et la Coupe Stanley."

"C'est dur de mettre en mots ce que nous ressentions à propos de Jean," déclarait son coéquipier Ralph Backstrom.  "On était tellement fier de l'avoir comme capitaine."

Béliveau s'entendait très bien avec Bernard Geoffrion mais déclarait que le succès de leur ligne d'attaque reposait sur l'éthique de travail de son ailier gauche Bert Olmstead.  "Bert voulait toujours que l'on s'améliore, il disait on peut faire ceci mieux ou cela d'une autre façon, je crois que l'on a joué notre meilleur hockey avec lui sur notre trio, il était un bourreau de travail.  Parfois, il était dans le coin bataillant pour la rondelle et j'allais le rejoindre pour lui venir en aide, il n'appréciait pas et me disait de rester devant le filet, que je ne compterais pas à partir du coin... lorsqu'il sortait du coin avec la rondelle, il s'attendait à retrouver moi ou Bernard devant le filet."

En 1960, les Maple Leafs de Toronto firent l'Acquisition du défenseur gagnant du trophée Norris, Red Kelly, en provenance de Detroit.  On le fit jouer au centre spécialement pour contrer Béliveau, la stratégie fonctionna en partie alors que les deux équipes remportaient 4 Coupes Stanley lors des années 60.  Après avoir perdu la finale de 67, la dernière du "Original 6", Béliveau revenait en force pour mener le Canadien à deux autres Coupes Stanley.  "Nous avons perdu en 67 contre les Leafs, mais on aurait pu l'emporter et connaître une autre séquence de cinq Coupes Stanley consécutives.  Je crois que l'on avait une meilleure équipe que Toronto, mais Sawchuk et Bower nous ont battus.  On avait très peu de gros noms dans l'équipe lors de ces cinq années (1966-70), les joueurs ont travaillé très fort et ils ont bien joué, on en parle peu mais je crois que mes coéquipiers méritent beaucoup de crédit pour ces 4 Coupe Stanley en cinq ans."

Red Kelly ressent un profond respect pour son ancien rival.  "Il était gros et avait une longue portée, mais plus que tout, il était tellement fort.  La plupart de ses adversaires tentait de le plaquer, mais avec sa longue portée, il était tout de même en mesure d'effectuer la passe.  Il était très intelligent et représentait une menace constante près du filet, il contrôlait la rondelle sur de longues distances et donnait beaucoup de fil à retorde aux gardiens.  Mais plus que tout, il ne jouait pas pour ses succès personnels, il était un joueur d'équipe et rien n'était plus important que les succès de l'équipe."

"Quand on me demande de quelle façon je voudrais qu'on se souvienne de moi, c'est en tant qu'un joueur d'équipe," affirme Béliveau.  "Mes accomplissements personnels passaient après le bien de l'équipe.  C'était une des raisons pourquoi mes coéquipiers m'ont nommé capitaine, une fois m'être remis du choc d'être le capitaine du Canadien de Montréal, je me suis adressé à eux.  Je leur ai dit que j'étais à leur entière disposition, si ils traversaient des moments difficiles ou éprouvaient des problèmes personnels et croyaient que je pouvais leur venir en aide, de ne pas hésiter à venir me voir."

Béliveau acceptait que Toe Blake expérimente les jeunes recrues sur son trio.  Les John Ferguson, Ivan Cournoyer, Bobby Rousseau, Marcel Bonin, Gilles Tremblay et Dick Duff ont percé dans la LNH en jouant à ses côtés.

Il joua sa dernière saison à la demande de Sam Pollock, directeur général du club.  L'équipe regorgeait de jeunes talents et Pollock voulait que Béliveau demeure le plus longtemps possible pour inculquer aux jeunes son attitude positive et son éthique de travail.  "Je voulais me retirer un an plus tôt mais Pollock m'a demandé de jouer encore une année."  Pollock lui déclara , "c'est une année de transition et je me sentirais mieux si tu étais dans le vestiaire."  Béliveau accepta précisant bien que ça serait sa dernière année dans la LNH.

"Après une aussi longue carrière, on s'habitue à jouer à un certain niveau de qualité, j'ai pensé qu'à 40, 41 ans, ça me serait de plus en plus difficile physiquement de suivre.  C'est d'ailleurs pourquoi j'ai refusé l'offre des Nordiques en 1972 pour jouer dans l'Association Mondiale de Hockey (WHA) même si cette offre était supérieure à toutes celles que j'ai reçues dans mes 18 ans de carrière dans la LNH.  Je leur ai répondu que ça ne serait pas honnête pour eux, pour les fans et moi même."  Béliveau était un homme de principe, héritage de son éducation.

"Quand je repense au début de ma carrière, devenir membre du Canadien a été un de mes plus grands moments.  Ici au Québec, quand vous êtes jeunes, vous rêvez de jouer pour le Canadien et quand vous réalisez que vous avez les outils nécessaires pour y arriver, c'est incroyable... j'en avais rêvé depuis que j'étais gamin.

"Les parades de la coupe Stanley était non seulement devenues un événement printanier grandement attendu de tous, mais d'une année à l'autre, elles devenaient de plus en plus longues, ça s'étendait parfois sur 12, 13 kilomètres et cela durait des heures.  Je me souviens d'une année en particulier ou nous défilions sur la rue Sherbrooke et à la hauteur du Ritz Carlton un couple de nouveaux mariés sortait de leur réception avec familles et amis.  La mariée se dirigea vers moi, fit son chemin à travers la foule et vint m'embrasser."  Cela résume bien la relation entre Béliveau et ses fans tout le long de sa carrière et même après, car il n'est pas rare qu'encore aujourd'hui, on frappe à sa porte pour avoir un autographe ou pour être prit en photo en compagnie "du gros Bill".

En 2000, presque au même moment ou Maurice Richard décéda, une tumeur maligne fut détectée au niveau de son cou, après quelques mois de traitement, il vainquait la maladie.

 

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